Alors, que sont les centristes devenus ?
Ils ont créé la surprise dans la campagne, déboulant là où personne ne les attendait vraiment.
Les militants et sympathisants centristes espèrent toujours changer la politique...
FLORENCE TRAULLÉ
Il n’avait jamais vraiment pensé à s’engager en politique, et même il suivait ça de plus que loin. Olivier Baron, 32 ans, jeune agent immobilier né dans une famille marcquoise où le coeur a toujours penché à gauche, avoue « avoir attrapé le virus de la politique avec Bayrou pendant la présidentielle ». Soudain, il avait l’impression d’entendre autre chose. Autrement. Mieux. « Du coup, la campagne m’a passionné. Je me suis dit, avant le premier tour, si Bayrou est éliminé avant le deuxième, je m’engagerai ». Il reconnaît ne pas avoir encore sauté le pas « mais c’est juste faute de temps, pour l’instant. Sûr, je vais le faire ». Les débuts du gouvernement Sarkozy, les sondages qui prévoient une Assemblée nationale très bleue, plutôt que de l’abattre lui donnent encore plus envie de « convaincre » . Pour que « le mouvement qui est né avec cette présidentielle ne retombe pas car il nous dit quelque chose d’essentiel sur notre société. La France a besoin qu’on sorte des querelles partisanes pour affronter les difficultés. Il y va de notre avenir, de celui de nos enfants » .
« Je sens un mouvement de fond »
Lelouch Faraj, elle, a sauté le pas. Ici aussi, une culture plutôt de gauche « mais la gauche m’a déçue » et un engagement auprès notamment du maire de Faches-Thumesnil, Nicolas Lebas, et sur le secteur de Villeneuve où elle habite. Lelouch Faraj fait du porte-à-porte, milite, se démène. Cela ne doit rien au hasard. « En septembre, Bayrou, je ne le connaissais pas. J’ai envoyé des mails à Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, concernant le travail. Pour leur demander ce qu’ils pensaient faire, concrètement, pour les commerçants. Pas de réponse. Après, j’ai écrit à Bayrou, j’ai eu une réponse ». Avec ce qu’elle entend en porte-à-porte, Lelouch Faraj dit ne pas comprendre que Bayrou ait été éliminé au premier tour.
« Je sens un mouvement de fond ». Alors, tant pis s’il ne se traduit pas tout de suite aux prochaines législatives, « derrière, il y a les élections locales. C’est un enjeu important ».
Plus politique peut-être, cet adhérent de l’UDF qui a rejoint le MoDem pour qui « la manière dont les députés ont retourné leur veste, juste pour conserver leur poste, en se ralliant à Sarkozy alors que pendant la campagne, ils ont dit "ni droite ni gauche", c’est lamentable ». Lui, clairement, il ne veut pas d’un « Centre godillot, à la botte du gouvernement, qui dira "oui et amen" à tout. On a une voix à faire entendre. Sociale et humaniste. Exigeante économiquement et soucieuse de l’endettement de la France ». Il sait bien que le scrutin majoritaire ne fera pas de cadeaux au MoDem « mais, finalement, ce qui se passe aujourd’hui permet de voir où sont les gens. De savoir où on en est ».
Pour lui, le Nouveau Centre, créé autour du ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy, Hervé Morin, « ne rassemble pas les militants, quant aux sympathisants… pour eux, ce qui se passe, c’est vraiment à des années-lumière de ce qui les a séduits dans la démarche de l’UDF pendant la campagne présidentielle. En terme de militants, ils ne représenteront rien dans la région ». Ce n’est évidemment pas l’avis de Francis Vercamer, député UDF sortant et rallié au Nouveau Centre, qui part à la bataille des législatives sans candidat UMP en face de lui sur la 7e circonscription puisqu’il a soutenu Nicolas Sarkozy au second tour. « Le Nouveau Centre vient tout juste de se créer. Attendons un peu avant de dire qu’il n’y aura pas de militants ! Aujourd’hui, il est très difficile de dire si les militants UDF sont plutôt MoDem ou Nouveau Centre ». Il prédit que « quand les militants s’apercevront qu’il y aura des accords de désistement entre MoDem et PS entre les deux tours des législatives, ils seront fixés ». Francis Vercamer dit croire au souhait affiché du président de la République de voir se créer un groupe centriste indépendant au sein de la majorité. « Si je n’y croyais pas, je ne l’aurais pas soutenu. Il faut arrêter les procès d’intention, c’est d’un autre âge ».
Francis Vercamer assure que lors de ses tournées de porte-à-porte de candidat en campagne (« j’en fais, tous les jours, deux heures le matin, deux heures le soir »), « personne ne s’est offusqué de la position que j’ai prise. Enfin si, une seule personne mais c’était pour me dire qu’elle n’avait pas bien compris mon positionnement ».
Une ouverture de façade
Parmi les UDF qui reconnaissent être plutôt d’une culture de « centre droit » à la base, cet argument revient souvent : « jugeons sur pièces. Attendons de voir ce que va faire Nicolas Sarkozy. Déjà, il a quand même fait preuve d’ouverture en intégrant des centristes et même des socialistes dans son gouvernement ». Un argument que réfute Olivier Henno, président de l’UDF Nord depuis des années, au MoDem aujourd’hui. « L’ouverture ? Peu l’ont vue mais elle se fait, justement, sur les deux ministères qui relèvent du domaine réservé du président de la République : les Affaires étrangères et la Défense. Là où les ministres ont peu de pouvoir et où l’essentiel se joue à l’Élysée ». Pour lui, « c’est une ouverture de façade, tactique. Rien à voir avec ce que préconisait Bayrou et sa conception du rassemblement ».
Le maire de Saint-André, candidat aux législatives sur la 4e circonscription, face à Marc-Philippe Daubresse, député UMP sortant qui vient de sa famille politique et l’a quittée en 2002 pour rejoindre l’écurie de Nicolas Sarkozy, pense que la dynamique créée par François Bayrou « est intacte » (lire en page 3). Et même « renforcée ». Olivier Baron y croit, lui aussi. « Rien ne se construit en trois jours. Le temps jouera pour nous. Les Français comprendront… ».
Salut à toute l'équipe de Villeneuve d'Ascq, je vous souhaite bonne route.